19 déc. 2011

19 decembre 2011

Le dernier tour de table

Homme d’affaires dans la trentaine, Marc était comblé. Il était même marié à la femme de ses rêves et celle-ci attendait leur premier enfant. Ils vivaient dans un quartier paisible, non loin de la ville. Il menait une vie que plusieurs enviaient. Vue de l’extérieur, il avait une vie parfaite. Il était beau, grand, cheveux et yeux bruns et bien bâtit. Tout semblait lui sourire.

Cependant, la vue de l’intérieur était tout autre. Il était rongé par la culpabilité. Il mentait à sa femme, sa famille et ses amis depuis très longtemps. Il était criblé de dettes et ne vivait que pour son vice. Une seule personne savait. Jack, son ami de toujours. Après lui avoir emprunté énormément d’argent, il avait fini par tout lui avouer. Il avait même su le convaincre de se joindre à lui. Depuis, les deux hommes allaient ensemble à ces soirées dans un bar clandestin pour accomplir leur activité illégale. Pour leur femme, ils allaient soit jouer aux quilles, soit au billard, ou tout simplement, prendre un verre entre copains.

En ce vendredi soir, Marc se sentait fébrile. Il souhaitait ardemment remporter tous les magots. Noël approchait et il désirait offrir de magnifiques présents à sa femme et réussir à garnir la chambre de sa progéniture. Avisant Josée qu’il rentrerait surement très tard, il mit son manteau et quitta son domicile. Jack l’attendait dehors. Ils ne devaient pas être en retard, peu importe les raisons. C’était une des premières règles à suivre et surtout à respecter à la lettre. Cela était d’une importance capitale!

Dès leur arrivée, les hommes prenaient tous place à l’unique table de cette minuscule pièce qui était déjà emplie de fumée. Une seule lumière éclairait le tout. Les deux amis s’installèrent donc et se servirent chacun un verre de Whisky. La partie pourrait maintenant débuter. On distribua les cartes et les mises commencèrent. Marc demanda à échanger deux cartes. Une fois fait, il les regarda et en fût très satisfait. Par contre, il ne montrait aucunes émotions. Une autre règle à suivre : ne pas dévoiler son «jeu». Ayant quelques années d’expérience derrière lui, il était devenu un as dans l’art de la dissimulation. Personne n’arrivait à lire sur son visage, pas même Jack. Pourtant, ils se connaissaient depuis la petite enfance. Ayant tous reçu leurs cartes, les hommes divulguèrent leur jeu et Marc remporta la donne. Un petit sourire discret se dessina sur ses lèvres. Il souhaitait que la soirée se déroule ainsi jusqu’à la fin. Mais il savait très bien que la chance pouvait le quitter à tout moment. Le tour de table se poursuivi et il gagna quatre mises sur huit. Il était maintenant confiant.

Au deuxième tour de table, l’atmosphère se fit de plus en plus lourde. Ils en étaient tous à leur troisième ou quatrième verre et commençaient peu à peu à perdre leurs facultés. L’homme à la droite de Marc bougeait sans cesse sur sa chaise. Celui à sa gauche se frottait continuellement le front. Et devant lui, son ami semblait nerveux, ce qui avait pour conséquences d’inquiéter Marc, qui sentait monter en lui la nervosité et l’anxiété. Toujours en contrôle de lui-même, il resta concentré et ne démontra rien d’autre que le calme plat. Mais au fond de lui, il tentait de comprendre le comportement de Jack. Après quelques minutes de réflexion, il en vint à la conclusion que son ami était juste un peu mal dans sa peau. Ils se retrouvaient dans un endroit sinistre entourés de gens peu fréquentables. Il était presque normal de se sentir inconfortable dans les circonstances. Il remit donc son attention à la partie. Les jeux étaient faits et ils devaient tous montrer leurs cartes. Marc remporta encore une fois. Il n’arrivait pas à croire que la chance lui était favorable, mais que demander de mieux! Maintenant il pourrait créer une superbe chambre à son bébé et même couvrir sa femme de bijoux. Il était heureux et ne le cachait pas. Il voulait dire haut et fort toute la joie qui l’habitait. La légèreté qu’il ressentait écartait la lourdeur de l’atmosphère environnante. Même la fumée s’emblait s’être dissipée. La seule ombre au tableau était l’attitude de son ami. Refusant de se laisser distraire, il attendait avec impatience la suite.

La distribution des cartes étant faite, Marc regarda celles qu’il avait reçues. Il n’en croyait pas ses yeux. Il avait eu quatre rois et un as. Personne ne pouvait battre cela. Donc il misa tout ce qu’il possédait et tous les regards se posèrent sur lui, à l’exception de celui de Jack. Et, évidemment, il gagna. Soudainement, il reçut un coup derrière la tête et la lumière s’éteignit. Lorsqu’il reprit conscience, il réalisa qu’il était ligoté à une chaise. Il était toujours dans la même petite pièce, mais l’atmosphère était devenue menaçante. L’endroit était maintenant vide. Sur la table, il n’y avait qu’un gros sac. Il senti un souffle derrière lui et la noirceur reprit sa place. En revenant à lui, il remarqua que le sac avait été vidé et que son contenu avait été bien disposé sur la table afin qu’il puisse voir chaque objets. La personne qui était toujours dans son dos se décida enfin à venir au-devant de Marc. Il faisait maintenant face à son bourreau. Il aurait voulu lui poser tant de questions, mais Jack avait pris soins de bien le bâillonner.

Suite à quelques minutes infernales, il entendit une seconde voix. Féminine, douce et réconfortante. Celle de sa femme Josée. L’espace d’un instant, il se senti soulagé. Mais cette impression se dissipa aussitôt que sa femme ordonna à Jack de le frapper au genou droit. Marc se mit à hurler à travers son bâillon. La douleur était si vive que des larmes se mirent à couler le long de ses joues. Complètement abasourdi, il ferma les yeux et pria. Il avait un infime espoir qu’un des deux se décide à lui fournir quelques explications. Mais nul ne prononçaient un mot. Au lieu de recevoir des paroles, il reçut un autre coup, mais sur le genou gauche cette fois. Il hurla de nouveau. Ce faisant, il ouvrit les yeux et vit Josée embrasser Jack langoureusement. Ne pouvant assister à un tel spectacle, il referma ses yeux. Il aurait tant voulu leur cracher en plein visage toute la haine qu’il ressentait à cet instant. Cette vision avait été encore plus souffrante que les coups reçus à ses genoux. Deux questions se logèrent dans sa tête. Depuis quand le trahissaient-ils? Et le bébé, il était de qui? Il se remit à pleurer. À ce moment présent, il aurait voulu mourir. Un troisième coup à la tête le ramena dans la pénombre.

Il se réveilla allongé dans une nouvelle pièce. Elle était d’un blanc immaculé et la lumière très vive. Il entendait quelques voix non loin de lui et celles-ci parlaient de lui. Il essaya de bouger mais n’y parvint pas. Il constata qu’il n’était plus ligoté et bâillonné. Il se mit alors à crier. Un homme s’approcha tout doucement de lui et lui dit de garder son calme, qu’il était maintenant en sécurité et qu’il devrait se reposer. En lui disant tout cela, il lui injecta, à l’aide d’une seringue, un produit qui ramena aussitôt Marc dans la noirceur.

Plusieurs heures plus tard, il était en compagnie de médecins et de policiers. Il sut alors que Josée et Jack avaient été arrêtés après quelques recherches, suite à un appel anonyme. On lui expliqua aussi qu’il avait subi de multiples blessures, mais qu’il arriverait à bien récupérer, qu’il retrouverait toutes ses facultés. Une seule question persistait : Pourquoi? Le saurait-il un jour?



Fin


Écrit par Pouce

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